manifestation de soutien au peuple guarani kaiowa

24 heures après son intronisation, le nouveau Président brésilien Jair Bolsonaro confie la délimitation des terres indigènes à Tereza Cristina Da Costa, véritable bouclier des intérêts de l’agrobusiness.

Cela fait plusieurs décennies qu’un conflit existe entre les entrepreneurs agricols et les indigènes locaux. Une bataille pour les terres qui n’hésite pas à faire tirer la poudre.

C’est ce qui est arrivé à Yvyrakandy, jeune Gaurani-Kaiowa installé dans la réserve de Dourados. Depuis plus d’un mois, les siens et lui occupent une parcelle de terrain qu’ils ont récupéré entre les mains de Claudio Iguma, surnommé « le japonais ».

La veille, des tracteurs ont fait irruption au milieu de la nuit et ont ravagé les habitations et les plantations des Gaurani-Kaiowa. Yvyrakandy n’a pas hésité à s’interposer entre les assaillants et sa communauté. Ce geste lui a valu de recevoir une balle en caoutchouc dans la partie droite de son torse.

Tout comme le torse d’Yvyrakandy est maculé de cicatrices, preuve de la fréquence et de la violence de ses précédents combats, cet acte est le suivant d’une longue liste de méfaits à l’égard du peuple Gaurani-Kaiowa. Pour appréhender le problème dans sa globalité, il est nécessaire de remonter à la création même de la réserve en 1917.

2 jeunes filles indiennes dos à dos

Les Gaurani-Kaiowa : un peuple amérindien en voie d’extinction

Dès sa création, l’avenir de la réserve de Dourados s’annonçait sous de mauvais auspices. Initialement prévue pour couvrir 3 600 hectares, seuls 2 800 hectares ont été restitues aux indiens.

Victimes de la colonisation puis chair à canon pendant la guerre contre le Paraguay de 1864 à 1870, on peut dire que rien n’a été épargné à ce peuple natif d’Amérique du Sud. La fin de la guerre marquera le début d’une nouvelle ére où ces derniers sont ostentatoirement exploités par la compagnie Matte Laranjeira pour fabriquer le thé des cow-boys locaux (ou gauchos) avant de se retrouver à travailler dans des champs de canne à sucre pour presque rien.

Abattus, résignés, les Gaurani-Kaiowa ne s’en iront que lorsque la mécanisation de l’agriculture et la venue des tracteurs les rendront inutiles. En réparation des actes posés à leur encontre, il se verront offrir la réserve de Dourados alors géré par le Service de Protection de l’Indien (SPI). La SPI sera par la suite remplacée par la FUNAI (Fondation de l’Indien), avant d’être mise sous tutelle du Ministère de l’Agriculture par le président nouvellement élu Jair Bolsonaro.

Mais le 02 janvier 2018 n’a pas marqué le début des troubles des habitants de Dourados. Destruction et diabolisation de leurs rites religieux, annihilation de leur mode de vie, limitation de l’accès aux soins et services de base… Ce qui devait se révéler être une porte de sortie à leurs désagréments s’est révélé être un piège à rats.

Ajouté à cela les conflits armés permanents avec les grands agriculteurs qui n’hésitent pas à rogner sur les terres indigènes, il apparaît clairement que vivre à Dourados est tout une promenade de croisière. Chaque jour, des balles tirées par sbires des fazendeiros, ces géants de l’agriculture comme Claudio Iguma, sifflent dans les oreilles des Gaurani-Kaiowa.

Aujourd’hui, les amérindiens Gaurani-Kaiowa détiennent un taux d’alcoolisme et de suicides à faire pâlir les plus grands cinéastes de film d’horreur.

désert aride suite à la desctrution de l'environnement par l'homme

Un ravage environnemental derrière une catastrophe humaine

Meurtris dans leurs âmes, les Gaurani-Kaiowa doivent aussi vivre sur une terre ravagée par l’agriculture intensive pratiquée par les fazendeiros. Pratiquant l’agriculture vivrière à très petite échelle, ce n’est que lorsque leurs enfants ont commencé à tomber malades que les amérindiens Gaurani-Kaiowa ont eu le courage de dénoncer la situation aux yeux du monde.

Derrière le massacre de ce peuple, se cache une catastrophe environnementale à grande échelle. Des milliers et des milliers de forêt ravagées pour y planter des plants de soja OGM recouverts de pesticides de toutes sortes. Une superficie aussi grande que l’Allemagne, qui recouvrait auparavant la Matâ Atlantica (« forêt atlantique ») et le cerrado (savane d’Amérique latine, aujourd’hui réduite à néant.

Le 05 décembre 2018, un journal local le Correio do Estato mettait en « une » de sa couverture la boue qui recouvrait les eaux jadis claires des communes de Bonito et Jardim. Dans son rapport, l’enquêteur accusait ouvertement les plantations de soja situées aux environs.

Selon Green Peace, de 2012 à 2017, 39 000 kilomètres carré de verdure auraient disparu des suites de la déforestation intensive.

18% de l’Amazonie n’est plus. Atteindre le seuil de 25% serait fatidique à en croire le chercheur Marcos Nobre dans son étude parue dans la revue Sciences Advances.

Véritables acteurs écologique, les indiens Gaurani-Kaiowa seraient capables d’œuvrer à stopper la déforestation si l’opportunité leur était donné. Mais au vu de la tournure actuelle des événements, il y’a fort à parier que ce futur relève plus de l’utopie que d’une hypothèse.