jeune étudiante en médecine portant une blouse blanche à l'hopital

Qui n’a jamais pleuré devant les films des années 50 où le gentil Docteur venait en aide aux pauvres femmes esseulées ? Un peu plus tard, féminisme oblige, le Docteur s’est mué en une jeune, belle et courageuse femme qui n’hésitait pas à parcourir monts et vallées pour soigner ses patients.

Dans un registre plus moderne, si vous avez toujours voulu être médecin (ou pas), vous avez sûrement dévoré les nouvelles séries médicales qui foisonnent sur nos écrans : Dr House, Grey’s Anatomy, Good Doctor, The Resident … On y voit des médecins passionnés par leur travail et des femmes fortes qui trônent au sommet de l’exercice de leur métier.

Mais la réalité est toute autre. Aujourd’hui encore, le machisme est une réalité en milieu hospitalier.

Si les femmes sont souvent mises en avant dans le 7e art inspiré de l’univers médical, en réalité, très peu accèdent aux postes de pouvoir dans le domaine de la santé.

Lors d’un entretien, la sociologue Anne Chantal Hardy, Directrice de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (en abrégé CNRS), revient sur les principales causes de ce phénomène.

L’élitisme de certaines spécialisations

Il est fréquent de trouver une femme gynécologue, obstétricienne et on ne les compte plus en pédiatrie. Ces spécialisations ont une connotation féminine, c’est pourquoi l’accès des femmes y est aisée.

Cependant, aussi incroyable que cela puisse paraître, certains corps de métier sont encore peu ouverts au sexe dit « faible ». Ce n’est qu’il y’ a quelques années qu’une femme est devenue Urologue pour la première fois dans l’histoire de la France. Tout simplement aberrant.

Dans le domaine de la Chirurgie, on note une augmentation progressive du nombre de femmes praticiennes. Bien, elles y sont toujours minoritaires et les conditions de travail leur sont très difficiles, mais petit à petit, la spécialité se féminise.

Dans certains secteurs, comme la médecine générale, le rapport des genres penche du côté des femmes. C’est une spécialité où il n’y a jamais eu de concurrence liée aux sexes car les hommes n’optaient pas pour cette filière suite à la refonte de l’internat.

Mais, ce n’est pas vraiment une bataille de gagnée… la médecine générale est un grand absent du monde universitaire hospitalier.

L’hôpital : un milieu conservateur coincé dans un autre âge

Que l’on soit d’accord ou pas, le milieu médical est et demeure extrêmement machiste.

le chemin a été long et le bout du tunnel n’est pas encore à portée à vue. Il est bon de rappeler que pendant longtemps les Facultés de Médecine étaient la chasse gardée des hommes. Aucune femme n’y était admise peu importait son niveau de compétence ou son niveau d’expertise. Même l’accès aux salles de gardes leur était interdit.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la sexualisation du corps féminin (sain) est très forte dans le domaine médical. Des dessins caricaturaux et ostentatoirement pornographiques ont longtemps orné les murs des salles alloués aux résidents. Ce n’est récemment que leur présence a suscité des remous et des vagues de la communauté.

L’arrivée des demandes de congé de maternité a été une autre révolution féministe du monde médical. Il n’y a pas si longtemps, les jeunes femmes enceintes admises en internat n’avaient pas d’autre choix que négocier avec leur superviseur pour obtenir des planning hebdomadaires de moins de 50 heures. Pas de congé de maternité à l’horizon pour celles qui souhaitaient aller au bout de leur spécialisation.

Les femmes sont elles le premier frein à leur accès au pouvoir dans le monde médical ?

Cette question, même si elle peut choquer de prime à bord, se doit d’être posée.

Dans un monde de plus en plus exigeant, où la performance est montée en liesse et la polyvalence exaltée, on a souvent tendance à croire que le succès est conditionné par l’accès aux hautes sphères et à la juxtaposition de titres ronflants.

Petite précision : ce n’est pas le souhait de tout le monde.

Si beaucoup de femmes ne sont pas à la tête de structures médicales ou hospitalo-universitaires, ce n’est pas obligatoirement parce qu’elles ne se sentent pas capables. C’est aussi parce que beaucoup, ce type de fonctions ne les intéresse pas outre mesure.

Au lieu de vouloir à tout prix pousser les femmes dans le jeu du qui-as-le grade-le-plus-élevé, la meilleure option consiste à mettre un frein au cumul de fonctions.

Une seule personne ne peut décemment être Professeur des Universités (PU), Praticien Hospitalier (PH), Chef de service, Chef de Commission Médicale d’Établissement (CME)… dans une structure comprenant plusieurs centaines d’employés. N’y a t’il réellement pas d’autres personnes à même d’assumer certains de ces fonctions ?

Une meilleure distribution des responsabilités et des tâches faciliterait l’accès des femmes aux postes de décision.

Qui plus est, aujourd’hui, la recherche de l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale n’est plus l’a panache des femmes. Qu’il soit homme ou femme, les médecins modernes n’aspirent plus qu’à une chose : pouvoir profiter du fruit de leurs efforts pour passer plus de temps avec ceux qui leur sont chers.