Dans l’Union européenne, l’élevage représente 45 % des activités du secteur agricole. Le chiffre d’affaires annuel dans ce domaine est estimé à 168 milliards d’euros. Malgré l’importance économique de ce secteur, il faut savoir que certains fondamentaux ne sont pas encore appliqués par ses acteurs. En effet, selon un rapport de la Cour des comptes européenne, des faiblesses sont constatées sur le respect du bien-être des animaux.

État des lieux

Dans les fermes d’Europe, on compte environ 4,5 milliards de volailles (dindes, poulets et poules pondeuses). Le nombre de chèvres, bovins et porcs sur le territoire est estimé à plus de 330 millions. L’Union européenne considère officiellement que les animaux sont des êtres sensibles. Pourtant, après un audit, la Cour des comptes européenne, a fait part, dans un rapport publié en novembre 2018, que les cas de maltraitance envers les animaux d’élevages sont encore répandus dans les pays d’Europe. Le rapport reconnaît que les résultats sont positifs pour certaines démarches destinées à améliorer le bien-être des animaux. Cependant, il existe encore des domaines qui présentent des faiblesses.

Le rapport a particulièrement abordé le cas des exploitations agricoles intensives. Les exploitants trop soucieux de leurs intérêts économiques ont tendance à négliger le bien-être des animaux. Au micro du journal le Guardian, Janusz Wojciechowski, responsable du rapport et aussi membre de la Commission, affirme que pour les exploitations de petite taille, il est plus facile de respecter des exigences élevées en termes de bien-être des animaux. Avec 100 000 porcs, par exemple, il sera compliqué s’assurer un contrôle adéquat.

Des exemples de pratiques douloureuses pour les bêtes

Lorsque les animaux sont élevés dans un environnement inadapté (confinement, élevage à forte densité, etc.), leurs comportements sont parfois anormaux. Les attitudes varient, selon l’espèce animale.

  • Veaux : agressivité,
  • Porcs : caudophagie, agressivité,
  • Poules pondeuses : cannibalisme, piquage de plumes, etc.

Face à ces problèmes, les exploitants sont tentés d’avoir recours à des solutions faisant souffrir les animaux. Les pratiques les plus courantes sont notamment les modifications physiques : épointage (le fait de raccourcir le bec), caudectomie (couper la queue), castration, sectionnement partiel des dents, etc.

L’Union européenne autorise certaines pratiques, mais seulement de manière exceptionnelle. Or, les exploitants y ont recours, systématiquement. Le cas de la caudectomie des porcelets est un exemple concret de modifications physiques appliquées trop souvent dans l’UE. Il est mentionné par le rapport de la Cour des comptes européenne. Ce dernier qualifie également le manque de ventilation dans les poulaillers comme une mauvaise condition qui peut nuire au bien-être des animaux d’élevage. En effet, souvent, les volailles respirent de l’air chargé de l’ammoniac généré par leurs excréments. Les vaches laitières qui vivent dans un lieu peu entretenu risquent diverses maladies et même de se blesser assez fréquemment.

Les problèmes rencontrés lors du transport et l’abattage

Certains cas de maltraitance d’animaux concernent le transport. Plusieurs règlements ne sont pas respectés. Il faut déjà savoir qu’il est interdit de transporter des animaux trop jeunes. Pour les transports sur longue distance, il est primordial d’optimiser le nombre d’animaux à charger. En outre, des pauses sont obligatoires durant le trajet. Selon la Cour des comptes européenne, il existe des transporteurs qui sont réticents à respecter ces règles et ne pensent qu’à leurs intérêts économiques.

En ce qui concerne les abattages, les étapes de bonne manipulation des bêtes sont négligées à cause de motifs liés à la productivité. Pour des raisons liées à la commercialisation du cerveau des veaux, par exemple, dans certains abattoirs, la technique de choc sur région occipitale dans un objectif d’étourdissement est préférée à celle du choc sur région frontale, malgré son manque de fiabilité.

Les volailles sont aussi victimes d’abus lors de l’abattage. L’étourdissement par bain d’eau et électrocution fait partie des pratiques jugées non appropriées. Si dans un contexte de rites religieux, les abattoirs peuvent être autorisés à abattre des bêtes sans passer par l’étape de l’étourdissement, certains font usage excessif de cette dérogation.

Les données à la disposition de l’UE

D’après le rapport établi par la Cour des comptes européenne, l’UE ne dispose pas, à ce jour, d’informations suffisantes et fiables sur le niveau de respect de la législation concernant le bien-être des animaux par les exploitations sur tout le territoire.

L’audit de la Cour des comptes de l’UE servait à évaluer les mesures adoptées par la Commission européenne et les États membres dans le but d’améliorer le bien-être des animaux d’élevage, spécialement en ce qui touche la stratégie de l’Union européenne pour 2012-2015. Cette stratégie n’a toujours pas fait l’objet de révision. Le retard pris, estimé à 5 ans, dans la réalisation de quelques-unes de ces actions est aussi problématique.

Par rapport aux constats qu’elle a faits sur les animaux d’élevage victimes d’abus dans l’UE, la Cour des comptes a proposé quelques plans d’action, à savoir : un meilleur usage des ressources financières de la PAC. Cela devrait permettre d’encourager les exploitants à profiter des normes plus ambitieuses. Le but est aussi d’aboutir à l’amélioration du système d’inspection et de sanction. L’ensemble des recommandations de la Cour des comptes a été validé par la Commission européenne.